Jour. Nuit. La lumière s’allume et puis s’éteint. Presque stroboscopique. Un personnage apparaît, méticuleux jusqu’à l’obsession. Surtout quand il s’agit de se griller un toast ! Il jongle avec une balle. Mais aussi avec le temps, la lumière et le regard du spectateur. Léo Rousselet défie la gravité et frôle l’invisible. Eclipse révèle un cirque intime et spectaculaire, où la prouesse devient poésie et chaque silence, une respiration cosmique. Une pépite.
Une chaise, un tourne-disque, un verre d’eau, une bougie, quelques allumettes et un grille-pain… Dans ce petit salon nostalgique, chaque objet est à sa place. On y entend les notes poussiéreuses d’un vieux tango et le ronronnement d’un haut-parleur, tandis que la lumière tamisée rappelle un vieux film en noir et blanc. Sous une lampe suspendue, parfois récalcitrante, ce personnage lunaire, sorte de funambule des temps modernes, manipule une balle blanche qui en mouvement devient le centre d’un univers réduit à l’essentiel. Les coupures lumineuses créent des suspensions dans lesquelles la balle semble se figer, flotter ou disparaître. La lumière devient alors essentielle, actrice de la performance.
Léo Rousselet, artiste complet, jongleur, clown, magicien, musicien, orchestre ici une écriture scénique où l’acrobatie dialogue aussi avec l’ombre, au sein d’un paysage sonore enveloppant. Le spectateur y perd ses repères, fasciné par cette mécanique de précision. Parfois hilare, tellement c’est drôle. Et puis impressionné, sidéré.
L’artiste nous soustrait au temps, nous emportant dans un univers incongru, entre hyperréalisme et fantastique, aussi minimal qu’envoûtant. Pas de démonstration froide ici : la virtuosité se glisse au creux d’une histoire sensible, faite d’élans, de suspensions et de chutes rattrapées in extremis. On y parle d’équilibres fragiles, de métamorphoses et de ces instants où tout bascule. C’est ciselé, drôle, intriguant d’un bout à l’autre du spectacle. L’illusion opère comme par magie !

