Sœurs

( Audrey & Victoria)

PASCAL RAMBERT

Pascal Rambert, l’auteur contemporain français le plus joué à l’étranger, poursuit avec Sœurs son exploration des liens familiaux. Il orchestre là un face-à-face incandescent, porté par deux interprètes d’exception : Audrey Bonnet et Victoria Quesnel. Une écriture à vif, où les mots deviennent autant d’armes que d’aveux.

Sœurs s’annonce d’emblée comme une plongée abyssale dans l’histoire d’Audrey et Victoria, deux sœurs qui se retrouvent à la suite du décès de leur mère. Elles ne se sont pas vues depuis des années. La cadette débarque inopinément sur le lieu de travail de son aînée. Tout de suite, elles se jettent en pâture leurs blessures familiales passées. Les mots et les émotions déferlent : rancunes d’enfance, blessures non-cicatrisées et colères actuelles jaillissent en cascade. Toutes deux sont cruelles, dépassent les limites et déversent ce qu’elles ont sur le cœur à la figure de l’autre. Pour vider leur sac bien sûr, mais aussi, peut-être, pour rétablir le lien et se garder l’une près de l’autre encore un peu. C’est terrible, déchirant, drôle souvent.

Pascal Rambert impose depuis plus de trente ans une écriture singulière, traduite et jouée dans le monde entier. La langue de Sœurs se déploie, musicale, précise, répétitive, obsédante, ancrée dans notre présent ; elle nous amène à endosser tour à tour la violence de l’une et le désespoir de l’autre. En véritable chef d’orchestre, façonnant leurs voix, leurs souffles justes, leurs tempos, leurs silences, l’auteur et metteur en scène dirige avec brio ces deux interprètes magnétiques que sont Audrey Bonnet et Victoria Quesnel (qui incarnait déjà Constance Debré avec une puissance de jeu inouïe dans le spectacle Nom présenté en novembre 2025 au Théâtre Verdière).

À travers ce dialogue d’une précision implacable, Pascal Rambert explore les liens du sang, les fractures intimes, l’amour contrarié et l’impossibilité de dire avant qu’il ne soit trop tard.

La guerre est déclarée. Tout y passe : l’enfance, les parents, les amoureux, les trajectoires professionnelles. Tous les coups sont permis. Les sœurs ne se soumettent qu’à une autorité : celle de la langue, seule arme admise sur ce champ de bataille.

Le Monde, Joëlle Gayot

Il y a huit ans Pascal Rambert écrivait et créait Sœurs avec et pour Andrey Bonnet et Marina Hands. Aujourd’hui il recrée la même pièce avec et pour Audrey Bonnet et Victoria Quesnel. Une folle intensité.

Mediapart, Jean-Pierre Thibaudat