Tout est calme dans les hauteurs

THOMAS BERNHARD / JEAN-FRANÇOIS SIVADIER / CIE ITALIENNE AVEC ORCHESTRE

Jean-François Sivadier renoue avec Thomas Bernhard en mettant en scène un spectacle jouissif, drôle et noir, qui moque avec un humour acerbe l’intelligentsia grand-bourgeoise. Cinq clowns loufoques activent la verve corrosive du grand auteur autrichien, dont les flèches tragi-comiques suscitent rire, puis effroi. Si tout est calme dans les hauteurs, le vent des idéologies nauséabondes souffle fort et envahit tout.

Au-dessus de tout, dans les Préalpes bavaroises, rien ne vient perturber le petit paradis de silence et de tranquillité au sein duquel vivent un écrivain célèbre et son épouse. Dans leur somptueuse villa (ancienne propriété d’un négociant juif chassé de chez lui par les nazis), Monsieur lit Goethe, mange et s’occupe de ses ruches, pendant que Madame joue du piano et prépare les repas de son mari. Une étudiante se présente à eux. Elle prépare une thèse sur le travail du maître, particulièrement sur sa Tétralogie qui prétend, en toute modestie, rivaliser avec les plus grands chefs-d’œuvre de la littérature mondiale.

Anne et Moritz Meister ont un avis sur tout. Ils assènent leurs opinions, passent du coq à l’âne dans un grand brassage d’air, un catalogue de sentences définitives sur le monde, d’autocitations perpétuelles, d’assertions délirantes qui investissent l’espace et l’épuisent : jusqu’à l’asphyxie. A eux deux, ils incarnent l’archétype de la cible favorite de Thomas Bernhard : la société bourgeoise, hypocrite et condescendante, satisfaite d’elle-même et faussement progressiste.

Dans la mise en scène tout en bouffées burlesques signée par Jean-François Sivadier, ce sont Nicolas Bouchaud et Norah Krief qui incarnent le couple de phraseurs monstrueux. Les corps exultent, les discours débordent, les relents d’antisémitisme corrompent l’air et font tomber les masques… Bienvenue dans l’univers sulfureux de mystificateurs abjects et ridicules.

Tout est calme dans les hauteurs atteint des sommets d’ironie, de lucidité et d’humour.

Le Monde, Joëlle Gayot

Du théâtre jubilatoire qui nous fait rire jaune.

Télérama, Emmanuelle Bouchez

Sivadier, Bouchaud, Krief : rarement Thomas Bernhard n’aura été aussi bien servi que par ce trio infernal.

Les Échos, Philippe Chevilley